Lyane Guillaume est l’une de nos adhérentes. Elle est venue présenter son dernier roman : « Laveuse de Chiens » paru au printemps 2008 aux Editions Jean-Claude Lattès. Devant une dizaine de membres tout aussi curieux qu’intéressés, Lyane a eu l’amabilité de parler de son travail d’écrivain et de son rôle de conjointe d’un agent en poste à l’étranger.
- Lyane Guillaume : portrait d’une conjointe écrivain.
Le livre que Lyane nous présente aujourd’hui est le fruit d’une longue expérience en Afghanistan puisqu’elle a vécu une première fois à Kaboul entre 1979 et 1982 puis entre 2004 et 2007. Elle avait d’ailleurs tiré de ce premier séjour un roman intitulé « Les riches heures de Kaboul », paru chez Stock en 1991.
En fait Lyane a consacré un roman à chacun des pays où son mari a été affecté. L’Afghanistan donc mais également l’Inde où elle a, par deux fois, résidé. « Jahanara » paru chez Stock en 1989 raconte la vie de la fille de l’empereur moghol Shah Jahan, célèbre constructeur du Taj Mahal. « Fière et intouchable », paru chez Lattès puis en livre de poche, est la saga d’une famille d’intouchables dans l’inde du XXème siècle. A cette période, Lyane a également participé à un essai collectif sur la présence française en Inde.
A Saint-Pétersbourg, où elle a vécu entre 1994 et 1998, Lyane a consacré un roman « La tour Ivanov » qui a été traduit en espagnol et a figuré à la sélection du prix des Libraires.
Elle est aussi l’auteur de trois pièces de théâtre dans lesquelles elle a elle-même joué dans le cadre du festival d’Hauteville avec la compagnie « La Charabotte ».
Dans le cadre de l’Afca, Lyane a rédigé un « Guide pratique de Kaboul » ainsi qu’un article pour les Carnets intitulé « Jardin des femmes de Kaboul ».
Lorsque Lyane quitte la France avec pour tout bagage un Capes de Lettres et ses recherches en poésie, elle ne sait pas encore qu’elle suivra son futur mari dans ses nombreuses affectations. Elle ignore également que ces contrées lointaines seront le terreau de nombreux romans.
- « Laveuse de chiens » : un portrait de femmes à Kaboul.
L’héroïne de ce roman, Aryana, est née en 1968 à Kaboul dans une famille de la grande bourgeoisie pachtoune. Après l’invasion de son pays par l’URSS et l’arrestation de son père, elle quitte l’Afghanistan avec sa mère et son frère pour s’installer en France au prix d’un exil douloureux. A Paris, elle entreprend des études de stylisme et commence une brillante carrière chez un grand couturier.
En 2004 - les taliban ont été chassés, l’Afghanistan se relève de ses ruines et des élections se préparent - Aryana décide de retourner dans son pays natal pour mettre ses compétences au service de la reconstruction et de l’action humanitaire. Ainsi, jusqu’à son départ forcé de Kaboul en mai 2006, suite aux émeutes anti-américaines, Aryana formera à la couture et au stylisme une dizaine de femmes afghanes, pauvres et illettrées. Grâce à ce "chœur des vierges" plein de vivacité et d’humour, grâce à son chauffeur Karim et à Barry, un mystérieux styliste écossais installé depuis longtemps à Kaboul, Aryana parvient tant bien que mal à retrouver ses repères dans cette ville qui n’a plus rien à voir avec celle de son enfance. Lors d’un défilé de mode -le premier depuis 1963 ! -organisé dans un grand hôtel de la capitale, Aryana retrouve par hasard Zora, la fille de son ancienne nourrice. Bien qu’elle appartienne à l’ethnie la moins favorisée en Afghanistan : les Hazaras, bien qu’elle n’ait jamais quitté le pays pendant la guerre civile et sous les taliban, Zora semble à l’aise dans le Kaboul instable de 2005. Pendant ce temps Aryana, à qui un général révèle les circonstances atroces de la mort de son père, se débat avec un quotidien de plus en plus pesant. Elle qui, loin d’appartenir à la catégorie méprisée des "laveurs de chiens" - ceux qui ont émigré en Occident et reviennent en Afghanistan par intérêt, pour s’enrichir ou récupérer leurs biens -a choisi de vivre à Kaboul par idéalisme, apprend à se confronter au danger, à la haine, aux préjugés... Avec ce roman foisonnant, Lyane Guillaume nous livre de magnifiques portraits de femmes déchirées entre tradition et modernité, mais toujours éprises de liberté.
Ce cinquième roman, qui fit partie de la première sélection pour le prix Renaudot, témoigne d’une parfaite connaissance de l’Afghanistan de son histoire et d’une grande curiosité pour « l’Autre » et « l’Ailleurs ». Signe que la mobilité des conjoints est une porte ouverte à la curiosité, à l’inspiration et à la création. Souhaitons-lui de nouvelles affectations pour écrire encore et encore des histoires qui enseignent et renseignent autant qu’elles font rêver .... L’écriture ? Une route à suivre ?




